Dossier de demande d'habilitation

.1.1 - L'ingénieur et ses missions

Les formations et diplômes d'ingénieur se définissent en premier lieu par référence aux métiers exercés par les ingénieurs, qui recouvrent une large palette d'activités professionnelles.

.1.1.1 - Les ingénieurs en France

En France, parmi le million de cadres reconnus comme ingénieurs par les entreprises, près de 60%, en part croissante, ont un « titre d'ingénieur diplômé ». (Les statistiques présentées dans A&P § D apportent plus de détail.)
Les écoles françaises d'ingénieur accueillent plus de 100 000 élèves ingénieurs et délivrent chaque année environ 30 000 diplômes d'ingénieur. Les ingénieurs diplômés représentent ainsi près des 2/3 des diplômés obtenant le grade de master (bac + 5) dans les formations scientifiques et techniques de l'enseignement supérieur français.

 
Après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur, la plupart des jeunes ingénieurs intègrent directement une entreprise, certains poursuivent leurs études pour obtenir un autre diplôme qui peut être une spécialisation plus poussée dans un domaine technique (voir ingénieur de spécialisation) ou commercial, gestion ou management.
Un certain nombre d'entre eux choisissent la voie de la recherche en préparant un doctorat en France ou à l'étranger, immédiatement ou ultérieurement, selon des proportions variables suivant le domaine (7 % en moyenne et pouvant atteindre plus de 50 % dans certaines spécialités).


.1.1.2 - L'activité professionnelle des ingénieurs

Les ingénieurs sont les cadres scientifiques et techniques, ayant les compétences nécessaires pour encadrer, diriger et mener un travail d'ingénierie ; l'ingénierie consistant à la réalisation d'objets, de systèmes ou de services répondant en général à un besoin ou à un marché dans un milieu compétitif, en réunissant en mettant en œuvre et en développant les compétences nécessaires.
On ne peut parler d'ingénierie sans faire référence à trois éléments en forte interaction : les sciences et techniques, les écoles d'ingénieurs, leurs métiers exercés en entreprise.


L'évolution de l'ingénierie a montré que les acteurs des sauts technologiques majeurs avaient intégré des compétences élargies, et pris en compte les enjeux économiques, industriels, sociétaux et environnementaux. De ce fait, les sciences de l'ingénieur, dans une acception large, sont éminemment transdisciplinaires. Elles se définissent par leur objet, leurs fonctions, leurs méthodes.

 
Les écoles d'ingénieurs préparent celui-ci à l'exercice immédiat de son métier. Dans la plupart des formations, il y a une spécialité dominante qui correspond souvent à un secteur d'activité des entreprises, parfois à un domaine disciplinaire ; mais, dans tous les cas, les ingénieurs reçoivent une formation fondée sur une large base scientifique multidisciplinaire, avec un accent fort sur les méthodes, sur les outils et sur l'environnement professionnel, notamment la conduite de projet, le management et la gestion des entreprises.

 
La formation tout au long de leur vie professionnelle est particulièrement indispensable pour l'adaptation permanente des ingénieurs à leur emploi, en raison de l'évolution rapide des sciences et des techniques. Elle leur permet également d'évoluer dans leur carrière. Au cours de leur carrière. (L'enquête présentée dans A&P § D, menée avec l'IESF apporte des informations complémentaires.) Aucours de leur carrière, compte tenu de l'éventail des profils des ingénieurs et des besoins de la collectivité, un certain nombre d'entre eux complètent leurs domaines de compétence pour une meilleure maîtrise du management, de la gestion ou de l'administration.

.1.1.3 - Le métier d'ingénieur

Dans le cadre de ses missions, la CTI propose la définition suivante du métier d'ingénieur :

 

Le métier de l'ingénieur consiste à poser, étudier et résoudre de manière performante et innovante des problèmes souvent complexes de création, de conception, de réalisation, de mise en œuvre et de contrôle, ayant pour objet des produits, des systèmes ou des services – et éventuellement leur financement et leur commercialisation - au sein d'une organisation compétitive.
Il prend en compte les préoccupations de protection de l'homme, de la vie et de l'environnement, et plus généralement du bien-être collectif.

 

L'activité de l'ingénieur mobilise des ressources humaines et des moyens techniques et financiers.
Elle contribue à la création, la compétitivité, et la pérennité des entreprises, dans un cadre international.
Elle reçoit une sanction économique et sociale. 

Elle s'exerce dans les secteurs publics et privés, dans l'industrie et les services, le bâtiment et les travaux publics, ainsi que dans l'agriculture.
À ces titres, l'ingénieur doit posséder un ensemble de savoirs techniques, économiques, sociaux, environnementaux et humains adaptés à ses missions, reposant sur une solide culture scientifique.

Dans les faits il y aurait lieu de parler de métiers d'ingénieur.

.1.1.4 - Les fonctions d'ingénieur

Les ingénieurs assurent un large éventail de fonctions. La CTI regroupe ainsi ces fonctions dans les catégories suivantes:

 

1) Recherche fondamentale et appliquée,
2) Études et ingénierie, conseil et expertise,
3) Production, exploitation, maintenance, essais, qualité, sécurité,
4) Systèmes d'information,
5) Management de projet,
6) Relations clients (marketing, commercial, support client),
7) Direction, gestion, ressources humaines,
8) Formation.

 

En général, les ingénieurs évoluent dans leur fonction au cours de leur carrière. (cf. L’enquête présenté au dans A&P.D) Ils assurent bien souvent en premier lieu les fonctions 1, 2, 3 ou 4 ; puis pour certains d'entre eux des fonctions de type 5 ou 6 ; enfin éventuellement des fonctions de type 7. Les fonctions de type 8 sont souvent assurées, au moins partiellement, tout au long de la carrière. En phase de création d'entreprise ou d'activité, ils peuvent assurer simultanément plusieurs de ces fonctions. 



.1.1.5 - Les domaines scientifiques, techniques, industriels et organisationnels des ingénieurs

Ces fonctions sont exercées dans des champs de compétences scientifiques, techniques ou industrielles et organisationnelles dépendant à la fois des postes occupés et du secteur d'activité de la structure qui les emploie.
La CTI a retenu onze grands champs thématiques:

 

  • Agriculture, Agronomie, Agro alimentaire,
  • Chimie, Génie des procédés,
  • Génie biologique, Génie médical,
  • Sciences de la terre,
  • Matériaux,
  • Génie civil, Bâtiment, Aménagement, Environnement,
  • Mécanique, Énergétique,
  • Électricité, Électrotechnique, Automatique,
  • Électronique, Télécoms et réseaux,
  • Informatique, Systèmes d'information, Mathématiques, Modélisation,
  • Génie industriel, Production, Logistique.

 

Certains secteurs peuvent porter sur plusieurs de ces domaines ; par ailleurs le champ d'intervention des ingénieurs a tendance à s'élargir ; ainsi à ces domaines peuvent s'ajouter des espaces connexes tels que santé, finances, arts plastiques, production artistique, …

Afin d'assurer une bonne lisibilité de ces domaines et spécialités, la CTI demande aux écoles de se référer à la nomenclature française (consulter la nomenclature utilisée par le RNCP dans R&O T2 § F.2.4) mais également aux nomenclatures internationales de langue anglaise : notamment les listes proposées par l'OCDE ou par l'ABET. 



.1.1.6 - Les compétences essentielles du métier d'ingénieur


D'une manière générale la CTI considère que le métier d'ingénieur comporte cinq compétences essentielles :

  • la maîtrise des sciences de base et de leur utilisation, socle commun des connaissances et garantie de la rigueur d'analyse et du pouvoir d'adaptation, à long terme, aux exigences évolutives des métiers,
  • la maîtrise des sciences de l'ingénieur formant au métier visé, garantes de l'efficacité et du pouvoir d'adaptation, à court terme, du jeune ingénieur,
  • la capacité à s'impliquer dans la recherche et à être un vecteur d'innovation,
  • l'assimilation de la culture d'entreprise et la compréhension du contexte économique, social, humain, environnemental, éthique, philosophique, ... permettant notamment de s'intégrer dans un groupe et de le diriger efficacement,
  • la capacité à communiquer dans un contexte culturel international, sans se limiter à la langue anglaise, ce qui permet l'exercice du métier et de la relation sociale en tout lieu.



On trouvera dans R&O T2 § D.2.1 la déclinaison des compétences correspondantes.

.1.1.7 - Les compétences délivrées au cours de la formation des ingénieurs

Une compétence peut être définie, selon la formulation proposée par Jacques Tardif, comme:

 
« … un savoir-agir complexe prenant appui sur la mobilisation et la combinaison efficaces d'une variété de ressources internes et externes à l'intérieur d'une famille de situations … ». (L'évaluation des compétences. Documenter le parcours de développement, Chenelière Éducation, Montréal, 2006, p.22)

La conception et l'analyse d'une formation en termes de compétences est inspirée des méthodes que le monde professionnel a développées pour caractériser l'ensemble des compétences qui sont requises pour pouvoir exercer un métier particulier dans de bonnes conditions. Les listes de compétences attendues, les « référentiels métier », ont été établies par des organismes professionnels tels Pôle Emploi (Le ROME),  l'APEC ou les branches professionnelles. Mais au cours de sa carrière, l'ingénieur peut être amené à changer plusieurs fois de « métier ». La CTI s'attache à ce que la formation des écoles facilite ces évolutions et donc elle vérifie que l'ensemble des compétences acquises à l'issue de la formation est plus large que celui que définit le référentiel du métier correspondant au premier emploi que pourra obtenir le jeune diplômé.

 
La CTI propose de dénommer l'ensemble des savoirs, capacités et compétences acquis : les acquis de l'apprentissage en cohérence avec la notion de « learning outcomes » qui lui correspond dans les standards définis au niveau européen, notamment dans le cadre des travaux d'EUR-ACE / ENAEE. (Ces organismes sont présentés plus en détail dans R&O T2 § B.5.7).

La CTI préconise que l'analyse en termes d'acquis de l'apprentissage (learning outcomes) soit donc tout d'abord fondée sur les besoins des futurs métiers auxquels sont préparés les élèves, et soit élargie par une analyse qui tiendra compte des évolutions de carrière des diplômés, de leur insertion dans la société et enfin de leur épanouissement personnel. Tout en étant au cœur de la logique de la formation, le caractère professionnel finalisé vers des métiers spécifiques sera donc complété par cette analyse en termes plus généraux.


Une école doit former des ingénieurs ayant une vision large de leur domaine, à la fois opérationnels et capables de le rester, aptes à changer de spécialité et à évoluer au sein de la hiérarchie de l'entreprise, soucieux de leur équilibre personnel et du bien être de la société. Dans cette analyse en termes d'acquis de l'apprentissage (learning outcomes), la CTI n'est pas normative et elle laisse toute liberté aux écoles pour conduire les études nécessaires et faire les choix détaillés et les hiérarchisations requises en fonction des métiers visés. Remarque

 

Une expression plus développée de l'approche en termes d'acquis de l'apprentissage (learning outcomes), et plus particulièrement en termes de compétences métiers, est faite dans le tome 2 « mise en œuvre », en liaison avec la définition d'objectifs de formation répondant aux attentes du monde professionnel.

(Consulter R&O T2 § D.2)