Références et orientations - Livre 1

I - LES INGÉNIEURS DANS LE MONDE PROFESSIONNEL

Dans tous les pays et dans toutes les cultures, le mot « ingénieur » a des résonances communes relatives à un métier et, selon les cas, fait référence à un diplôme académique et parfois à un titre à caractère professionnel ou à une expérience professionnelle.

Le diplôme d’ingénieur / « Engineer » est en général lié à un cursus de formation, peut être protégé par la loi et régulé par des instances d’accréditation (c’est le cas de la France), il peut ne pas être protégé ou même ne pas exister (comme en Allemagne) ; ce peut être un « bachelor », un niveau de licence (comme aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon et selon l’Accord de Washington) ou un master ; les deux niveaux peuvent même coexister (comme dans certains pays européens).

Les conditions requises pour l’exercice de la profession d’ingénieur, attestées par la détention d’un titre à caractère professionnel, sont très variables selon les pays : l’exercice officiel de la profession peut être conditionné à l’inscription à un Ordre, généralement après une période « junior » de quelques années en entreprise (comme au Canada) ; parfois cette inscription est seulement recommandée mais non obligatoire (comme en Espagne) ; enfin dans certains pays comme la France ou l’Allemagne, la profession n’est pas réglementée et une entreprise peut embaucher, sans contrainte autre que celle d’engager sa responsabilité, toute personne sur un poste d’ingénieur.

En France, le titre d’« ingénieur diplômé » revêt à la fois un caractère académique et professionnel. Il est protégé : son attribution et son utilisation sont placées sous le contrôle de la Commission des titres d’ingénieur (CTI).

Il est important de préciser que le titre d’ingénieur français confère de droit le grade académique de master, ce qui assure sa reconnaissance dans l’espace européen et international au niveau correspondant, permettant notamment l’inscription en formation doctorale. En fonction des domaines de spécialité et des branches professionnelles, les taux de poursuite en thèse sont variables.

I.1 - Les ingénieurs diplômés en France

Un ingénieur diplômé est une personne ayant suivi avec succès une formation ou validé une expérience conduisant à l’obtention d’un titre d’ingénieur diplômé d’une école accréditée pour délivrer ce titre. Son diplôme lui confère le grade de master.
La liste des établissements accrédités pour délivrer un ou des titre(s) d’ingénieur diplômé est publiée annuellement au Journal officiel de la République française.

Les écoles françaises d’ingénieur ont délivré en 2016 environ 38 000 diplômes d’ingénieur. Les ingénieurs diplômés représentent ainsi 60 % des diplômés obtenant le grade de master (bac + 5) dans les domaines scientifiques et techniques de l’enseignement supérieur français.

Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, la plupart des jeunes ingénieurs intègrent directement une entreprise. Certains souhaitent acquérir des compétences complémentaires pour obtenir un autre diplôme qui peut être :

  • une spécialisation plus poussée dans un domaine technique (cf. le diplôme d’ingénieur de spécialisation) ou commercial, gestion ou management
  • un doctorat en France ou à l’étranger, immédiatement ou ultérieurement, selon des proportions variables suivant le domaine et le contexte de l’établissement porteur de la formation (En France, 7% en moyenne et jusqu'à 50 % dans certains établissements, des ingénieurs poursuivent leurs études en thèse). 

I.2 - Le métier d’ingénieur

La CTI propose la définition suivante du métier d’ingénieur :

Le métier de l’ingénieur consiste à poser, étudier et résoudre de manière performante et innovante des problèmes souvent complexes de création, de conception, de réalisation, de mise en œuvre et de contrôle de produits, de systèmes ou de services - éventuellement leur financement et leur commercialisation - au sein d’organisations très variées. Il intègre les préoccupations de protection de l’Homme, de la société et de ses valeurs, de la vie et de l’environnement, et plus généralement du bien-être collectif.

L’activité de l’ingénieur mobilise des ressources humaines et des moyens techniques et financiers. Elle contribue à la création, au développement, à la compétitivité et à la pérennité des entreprises et des organisations, dans un cadre international.

Elle s’exerce dans tous les secteurs d'activités, qu'ils soient privés, publics et associatifs.

Dans les faits il y aurait lieu de parler au pluriel de « métiers » d’ingénieur.

I.3 - Les fonctions d’ingénieur et les secteurs d’activité

Les secteurs d’intervention des ingénieurs sont principalement l'industrie et les services, mais aussi la construction et le commerce. Le champ d’intervention des ingénieurs a tendance à s’élargir ; ainsi, à ces domaines, peuvent s’ajouter des espaces connexes tels que santé, finances, arts plastiques, architecture, design, ressources humaines… 

Les ingénieurs assurent au sein d’organisations, principalement des entreprises, un large éventail de fonctions. La CTI regroupe ainsi leurs missions, notamment dans les catégories suivantes :

  1. recherche fondamentale et appliquée, développement
  2. études et ingénierie, conseil, expertise, innovation
  3. production, exploitation, maintenance, essais, qualité, sécurité
  4. systèmes d’information
  5. management de projet
  6. relations clients (marketing, commercial, support client…)
  7. direction, management des hommes, gestion, ressources humaines
  8. formation

En général, les ingénieurs évoluent dans leurs fonctions au cours de leur carrière. Ils assurent bien souvent en premier lieu des fonctions de catégorie 1, 2, 3 ou 4 ; puis pour certains d’entre eux des fonctions de catégorie 5 ou 6 ; enfin éventuellement des fonctions de catégorie 7. Les fonctions de catégorie 8 sont souvent assurées, au moins partiellement, tout au long de la carrière. En phase de création d’entreprise ou d’activité et dans des petites entreprises, ils peuvent assurer simultanément plusieurs de ces fonctions.

I.4 - Le profil de l’ingénieur

Pour exercer ces métiers et ces fonctions, l’ingénieur doit posséder un ensemble de savoirs et de savoir-faire techniques, économiques, sociaux, environnementaux et humains adaptés à ses missions, reposant sur un solide socle scientifique et une solide culture générale et lui permettant d’apporter une vision globale à tout projet, intégrant notamment les enjeux sociétaux liés aux développements technologiques.

Pour ce faire il doit développer et être capable d’exploiter une compréhension profonde de la société, de ses traditions et de ses institutions : connaissance des cultures et de l’international, des systèmes de pensée, des cadres sociaux, politiques, culturels et économiques de la société.

L’évolution de l’ingénierie a montré que cette transdisciplinarité est l’une des conditions primordiales de succès des sauts technologiques majeurs.

La formation de l’ingénieur doit donc être bâtie autour d’un socle scientifique multidisciplinaire, avec un fort accent sur les méthodes, les outils et l’environnement professionnel, notamment la conduite de projet, le management, l'innovation et la gestion des entreprises. Elle comporte souvent une spécialité dominante, qui peut être liée à un secteur d’activité des entreprises ou à un domaine disciplinaire. L'international et la maitrise des langues vivantes sont aussi des éléments importants de la formation.

Cette formation est poursuivie tout au long de la vie pour permettre l’adaptation permanente à l’emploi, en raison de l’évolution rapide des sciences, des techniques et des métiers et pour permettre de se réorienter et d’évoluer dans sa carrière.