Références et orientations - Livre 1

I - LES INGÉNIEURS DANS LE MONDE PROFESSIONNEL

Dans tous les pays et dans toutes les cultures le mot « ingénieur » a des résonances communes relatives à un métier et, selon les cas, fait référence à un diplôme académique et parfois à un titre à caractère professionnel ou à une expérience professionnelle.

Le diplôme d’ingénieur, en général lié à un cursus de formation, peut être protégé par la loi et régulé par des instances d’accréditation (c’est le cas de la France), il peut ne pas être protégé ou même ne pas exister (comme en Allemagne) ; ce peut être un « bachelor » (comme aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon et selon l’Accord de Washington) ou un master ; les deux niveaux peuvent même coexister (comme dans certains pays européens).

Les conditions requises pour l’exercice de la profession d’ingénieur, attestées par la détention d'un titre à caractère professionnel, sont très variables selon les pays : l’exercice officiel de la profession peut être conditionné à l’inscription à un Ordre, généralement après une période « junior » de quelques années en entreprise (comme au Canada) ; parfois cette inscription est seulement recommandée mais non obligatoire (comme en Espagne) ; enfin dans certains pays comme la France ou l’Allemagne, la profession n’est pas réglementée et une entreprise peut embaucher, sans contrainte autre que celle d’engager sa responsabilité, toute personne sur un poste d’ingénieur. 

En France, le titre d’« ingénieur diplômé » revêt à la fois un caractère académique et professionnel. Il est protégé : son attribution et son utilisation sont placés sous le contrôle de la Commission des titres d’ingénieur (CTI). 

Il est important de préciser que compte tenu du haut niveau scientifique des formations délivrées, le titre d’ingénieur français confère de droit le grade académique de master, ce qui assure sa reconnaissance dans l’espace européen et international au niveau correspondant, en permettant notamment l’inscription en formation doctorale. 

Les formations et diplômes d’ingénieur se définissent en premier lieu par référence aux métiers exercés par les ingénieurs, qui recouvrent une large palette d’activités professionnelles. 

I.1 - Les ingénieurs diplômés en France

En France, parmi l’ensemble des cadres considérés comme ingénieurs par les entreprises, 750 000 en part croissante, selon l'enquête 2014 de l’association IESF, ont un « titre d’ingénieur diplômé ». 

Les écoles françaises d’ingénieur ont délivré en 2014 près de 35 000 diplômes d’ingénieur. Les ingénieurs diplômés représentent ainsi 55 % des diplômés obtenant le grade de master (bac + 5) dans les formations scientifiques et techniques de l’enseignement supérieur français.

Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, la plupart des jeunes ingénieurs intègrent directement une entreprise. Certains poursuivent leurs études pour obtenir un autre diplôme qui peut être : 

  • une spécialisation plus poussée dans un domaine technique (cf. le diplôme d'ingénieur de spécialisation) ou commercial, gestion ou management, 
  • un doctorat de recherche en France ou à l’étranger, immédiatement ou ultérieurement, selon des proportions variables suivant le domaine et le contexte de l’établissement porteur de la formation (7,5% en moyenne et pouvant atteindre plus de 50 % dans certaines formations).

I.2 - Le métier d’ingénieur

Dans le cadre de ses missions, la CTI propose la définition suivante du métier d’ingénieur :

Le métier de l’ingénieur consiste à poser, étudier et résoudre de manière performante et innovante des problèmes souvent complexes de création, de conception, de réalisation, de mise en œuvre et de contrôle de produits, de systèmes ou de services - éventuellement leur financement et leur commercialisation - au sein d’une organisation compétitive.Il intègre les préoccupations de protection de l’homme, de la vie et de l’environnement, et plus généralement du bien-être collectif.

L’activité de l’ingénieur mobilise des ressources humaines et des moyens techniques et financiers. Elle contribue à la création, au développement, à la compétitivité et à la pérennité des entreprises et des organisations, dans un cadre international. Elle reçoit une sanction économique et sociétale.

Elle s’exerce dans les secteurs publics, associatifs et privés, dans l’industrie et les services, le bâtiment et les travaux publics ainsi que dans l’agroalimentaire au sens large.

Dans les faits il y aurait lieu de parler au pluriel de « métiers » d’ingénieur.

I.3 - Les fonctions d’ingénieur et les secteurs d’activité

Les ingénieurs assurent au sein d'organisations, principalement des entreprises, un large éventail de fonctions. La CTI regroupe ainsi ces fonctions dans les catégories suivantes:

 

  1. recherche fondamentale et appliquée 
  2. études et ingénierie, conseil et expertise
  3. production, exploitation, maintenance, essais, qualité, sécurité 
  4. systèmes d’information 
  5. management de projet
  6. relations clients (marketing, commercial, support client) 
  7. direction, management des hommes, gestion, ressources humaines
  8. formation

 


En général, les ingénieurs évoluent dans leurs fonctions au cours de leur carrière. Ils assurent bien souvent en premier lieu des fonctions de type 1, 2, 3 ou 4 ; puis pour certains d’entre eux des fonctions de type 5 ou 6 ; enfin éventuellement des fonctions de type 7. Les fonctions de type 8 sont souvent assurées, au moins partiellement, tout au long de la carrière. En phase de création d’entreprise ou d’activité et dans des petites entreprises, ils peuvent assurer simultanément plusieurs de ces fonctions.

Les secteurs d’intervention des ingénieurs sont très divers : agronomie, agroalimentaire, chimie, génie des procédés, génie biologique, génie biomédical, sciences de la Terre, matériaux, génie civil, bâtiment, travaux publics, mécanique, énergétique, génie électrique, automatique, électronique, télécommunications, réseaux, informatique, systèmes d’information, logistique, transports...

Le champ d’intervention des ingénieurs a tendance à s’élargir ; ainsi, à ces domaines, peuvent s’ajouter des espaces connexes tels que santé, finances, arts plastiques, architecture, design, ...

I.4 - Le profil de l’ingénieur

Pour exercer ces métiers et ces fonctions, l’ingénieur doit posséder un ensemble de savoirs et de savoir-faire techniques, économiques, sociaux, environnementaux et humains adaptés à ses missions, reposant sur une solide culture scientifique et une solide culture générale et lui permettant d’apporter une vision globale à tout projet. L’évolution de l’ingénierie a montré que cette transdisciplinarité est l’une des conditions primordiales de succès des sauts technologiques majeurs.

La formation de l’ingénieur doit donc être bâtie autour d’un socle scientifique multidisciplinaire, avec un fort accent sur les méthodes, les outils et l’environnement professionnel, notamment la conduite de projet, le management et la gestion des entreprises. Elle comporte souvent une spécialité dominante, qui peut être liée à un secteur d’activité des entreprises ou à un domaine disciplinaire. 

Cette formation est poursuivie tout au long de la vie pour permettre l’adaptation permanente à l’emploi, en raison de l’évolution rapide des sciences, des techniques et des métiers et pour permettre de se réorienter et d’évoluer dans sa carrière.