« Éthique et Ingénieurs » par Laurent Mahieu


Suite à la réception d’une question d’un ingénieur chef d’entreprise, portant sur l’éthique de l’ingénieur, la CTI a souhaité publier les échanges afin qu’ils puissent être utiles au plus grand nombre. Voici ainsi la question adressée et la réponse formulée :

« Ingénieur CTI diplômé, j’ai fondé avec un camarade une entreprise comprenant maintenant 70 ingénieurs titrés. Nous construisons des applications mobiles et web disruptives. Nous collaborons avec les départements innovation d’Apple, la Société Générale ou la Mairie de Paris, impactant par notre travail la vie de millions de personnes. Les situations récentes chez Renault ou Volkswagen ont vraiment touché nos ingénieurs et ont provoqué des débats sur la déontologie de notre boite. Il est de mon devoir de leader de défendre et représenter les intentions de mon équipe et pairs ingénieurs.
Nous souhaitons savoir s’il y a des initiatives d’éthique au sein de la CTI et des conseils sur les mises en pratique. Un serment, un pacte ?  Nous comptons énormément sur le savoir-faire du corps d’ingénieurs CTI pour trouver un appui sur ce sujet. Vous êtes la première entité à laquelle nous avons pensée.
Merci de votre aide ».

La CTI vous remercie pour cette sollicitation. Vous la situez bien au regard de l’actualité dans certaines entreprises. On pourrait également évoquer les textes législatifs sur les lanceurs d’alerte. Il est très intéressant de noter que ceci suscite des débats entre collègues ingénieurs. C’est remarquable ! En effet, dans la dernière enquête nationale IESF réalisée auprès des ingénieurs, les jeunes diplômés placent les compétences liées aux valeurs sociétales au dernier rang pour leur importance dans l’activité (34 %) et 38 % des jeunes diplômés estiment avoir été bien formés.

Pourtant, la CTI invite depuis longtemps les écoles à se saisir de ces questions complexes de responsabilité individuelle, d’éthique personnelle, de déontologie professionnelle.

Dans la dernière version de notre référentiel, afin que les écoles aillent plus loin, nous leur demandons dorénavant de décrire ce qu’elles font afin que les étudiants s’approprient ces questions et comment elles évaluent quoi. (R&O 2016 – Livre 1 – V.C.4.5).

Sur ce sujet, la CTI n’a pas publié de charte éthique ou de code de déontologie tout faits. Vous trouverez sur le site de IESF (ingénieurs et scientifiques de France) une charte éthique de l’ingénieur.

La charte IESF est extrêmement généraliste et les situations auxquelles les ingénieurs sont confrontés dépendent du secteur professionnel. Le questionnement éthique est toujours à actionner en situation et la déontologie se réfère à des situations prévisibles.

Lorsque l’on associe les mots déontologie et ingénieurs dans un moteur de recherche, on accède en premier à la législation québécoise qui intègre un code de déontologie explicite.

Si vous êtes resté en contact avec votre école, il serait intéressant d’examiner comment ces questions sont abordées et si un travail collectif de production avec les étudiants pourraient faire émerger une vision partagée.

Dans le domaine large de l’informatique, vous pourriez également contacter l’association Pasc@line qui fait le lien entre les entreprises et les écoles spécialisées dans ce domaine. Son référentiel de compétences de l’ingénieur place les enjeux éthiques au sein de la compétence « exemplarité ».

La CNIL a également posé des jalons utiles sur l’usage déontologique des données qui peuvent également inspirer les fabricants de logiciels dans la prise en compte dès la conception des règles qui s’imposent aux utilisateurs.

Vous pourrez également trouver des repères dans les productions du réseau Ingenium et tout particulier vous appuyer sur les travaux de Christelle Didier spécialiste du sujet de l’éthique des ingénieurs (elle a rédigé plusieurs ouvrages).

Voici quelques éclairages qui n’apportent pas de réponses toutes faites !

La CTI vous souhaite une bonne continuation quant au développement de votre activité et au développement d’une approche éthique partagée, gage d’une performance responsable.

Laurent Mahieu, Président de la CTI