Invasion de l’Ukraine par la Russie : les réactions au sein du système européen d’enseignement supérieur


Drapeau ukrainien

Par Solange Pisarz, directrice exécutive adjointe de la CTI

Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février dernier, les annonces officielles condamnant « l’agression armée contre l’Ukraine[1] » et appelant à un arrêt immédiat des hostilités se sont multipliées.  Ces annonces ont également été suivies de décisions concrètes prises par les réseaux d’agences d’assurance qualité et les conférences d’établissements. Sans prétendre à l’exhaustivité, un bref rappel des décisions prises est établi ici.

Les organisations internationales et européennes ont adopté des positions communes, qu’il s’agisse de l’UE, avec la condamnation[2] de « l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine » ; du Conseil de l’Europe[3], avec la suspension de la Fédération de Russie, puis son exclusion[4], ou sa suspension de l’ONU, avec l’adoption d’une résolution[5] le 2 mars 2022 lors d’une session extraordinaire d’urgence.

Des sanctions politiques et économiques[6] ont donc été prises à l’encontre de la Russie. Mais le monde de l’enseignement supérieur s’est également mobilisé. 

L’Ukraine et la Russie sont membres de l’espace européen de l’enseignement supérieur (EEES). Le Bologna Follow-up Group (BFUG) de l’EEES a adopté un projet de déclaration commune le 18 mars 2022, invitant les membres du processus de Bologne à soutenir le système d’enseignement supérieur ukrainien, à aider les étudiants et enseignants ukrainiens, à cesser tout contact avec les autorités nationales russes ou leurs soutiens, et à s’assurer que les membres ne coopèrent qu’avec des institutions respectant les valeurs européennes. Les réseaux d’agences et d’établissements ont également adopté des mesures concrètes : 

1. Décisions prises par les réseaux d’agences d’assurance qualité dont la CTI est membre :

ECA – European consortium for accreditation

Dès la fin février, ECA a exprimé sa consternation, sa tristesse et son soutien à l’Ukraine. La question a été débattue lors du Board de la mi-mars. ECA s’est engagé à respecter les décisions prises par les autorités européennes, et a invité ses agences membres à soutenir l’Ukraine, comme à s’assurer du respect des valeurs européennes dans leurs activités[7].

EQAR – Registre européen des agences d’assurance qualité

En se fondant sur les décisions prises par le Conseil de l’Europe, EQAR, a décidé[8] :

  • de ne plus initier aucun contact ou coopération avec les agences russes ou celles des pays qui soutiendraient la Fédération de Russie ;
  • de rappeler aux agences membres qu’elles se sont engagées à partager des valeurs de respect des droits de l’homme, de démocratie et de paix ;
  • d’encourager les agences inscrites au registre EQAR à soutenir les établissements d’enseignement supérieur ukrainiens (notamment en prolongeant la durée des accréditations accordées) ;
  • de recommander aux agences européennes inscrites au registre EQAR d’éviter de mener toute procédure d’assurance qualité ou toute collaboration avec des établissements russes, à moins de s’assurer du respect par ces institutions des principes européens. Ce principe s’applique également aux établissements des pays soutiens de la Russie.

ENQA – Réseau des agences d’assurance qualité en Europe

Plusieurs agences russes et l’agence ukrainienne sont membres ou membres associés du réseau ENQA. Le Board d’ENQA, réuni le 8 mars 2022 s’est appuyé sur la déclaration du Bologna Follow-up Group (cf supra) pour décider[9] de suspendre les droits des 4 agences membres ou affiliées au réseau. ENQA invite également ses agences membres à réfléchir à leurs propres collaborations et à apporter leur soutien à l’Ukraine.

ENAEE – Réseau européen d’accréditation des formations d’ingénieur

Fin février, le conseil d’administration d’ENAEE a exprimé son soutien au peuple ukrainien, aux étudiants, personnels et enseignants-chercheurs des universités ukrainiennes. Le conseil a rappelé l’attachement d’ENAEE et de ses membres aux valeurs européennes.

2. Décisions prises par les réseaux d’établissements

EUA -European University association

L’EUA a adopté une position commune le 2 mars 2022, dans la lignée de celles précédemment évoquées. En complément, l’EUA a également suspendu l’adhésion de 12 universités russes à son réseau. Cette décision fait suite à une déclaration de l’Union russe des recteurs et rectrices (RUR) soutenant Vladimir Poutine, et sera maintenue jusqu’à ce que les universités concernées “se conforment à nouveau aux valeurs européennes”. 

En pratique, EUA publie également sur son site Internet un page dédiée[10] au soutien à l’Ukraine, avec : 

  • La promotion de l’initiative #ScienceForUkraine[11], qui regroupe les propositions de soutien du monde universitaire vers les étudiants, chercheurs et enseignants ukrainiens ;
  • Le recensement des messages de soutien publiés sur Twitter par les organisations nationales et internationales de l’espace européen de l’enseignement supérieur.

Les 41 alliances d’universités européennes

Représentant environ 300 institutions d’enseignement supérieur européennes, les alliances d’universités européennes ont adopté une déclaration commune[12] affirmant leur soutien au « peuple ukrainien après l’attaque du gouvernement russe », et « condamnant également fermement le bombardement de l’Université nationale de Kharkiv ». 

Les membres de ces alliances indiquent avoir « commencé à accueillir des réfugiés ukrainiens, y compris des membres de la communauté universitaire ukrainienne. Par solidarité, les partenaires des alliances mettent en place des mécanismes pour les soutenir (collecte de fonds, fourniture de biens de première nécessité, bourses d’études, etc.). »

Cdefi

La Cdefi[13], au nom de l’ensemble des écoles d’ingénieurs françaises, a exprimé « tout son soutien et sa solidarité envers les étudiants, enseignants, chercheurs et personnels techniques et administratifs des universités et instituts de recherche » d’Ukraine.  

Elle a également rappelé que les écoles d’ingénieurs françaises mettront tout en œuvre « pour accompagner du mieux qu’elles peuvent les étudiants et chercheurs, d’où qu’ils soient, et qui se trouveraient en situation d’urgence sur leur campus ».

Enfin, un rappel des mesures prises par les autorités françaises a été fait, notamment à travers le programme PAUSE ou par les aides d’urgence gérées par les CROUS.

France Universités

S’inscrivant dans la lignée de l’EUA, et en réaction à la prise de position de l’Union russe des recteurs et rectrices (RUR), France Universités[14] :

  • suspend son protocole d’accord avec ces-derniers ;
  • suspend jusqu’à nouvel ordre la participation de douze membres de l’Union russe des recteurs et rectrices à ses travaux ;
  • Invite les établissements français à suspendre jusqu’à nouvel ordre toute forme de coopération institutionnelle avec les universités russes signataires, tout en maintenant les relations interpersonnelles compatibles avec les valeurs européennes.

CTI

La CTI a pris acte des prises de position des instances officielles en France comme en Europe et est solidaire des décisions des réseaux d’agences d’assurance qualité européennes dont elle est membre.

La CTI affirme son soutien aux étudiants, enseignants, chercheurs et personnels des établissements ukrainiens. Son attention concerne également les enseignants-chercheurs et étudiants russes actuellement en France, coupés de leurs familles, qui devront être protégés de toute forme de discrimination. 

La CTI affirme son soutien à l’agence ukrainienne d’assurance qualité et prend l’engagement de s’abstenir de tout contact avec les agences nationales russes. 

Elle réaffirme enfin son attachement aux valeurs européennes, invitant les écoles d’ingénieurs à veiller à consolider leurs coopérations dans le respect de ces valeurs.


[1] Conseil de l’Europe, Result details (coe.int)

[2] Réunion extraordinaire du Conseil européen (UE)

[3] Décision du comité des ministres, CM/Del/Dec(2022)1426ter/2.3, Result details (coe.int)

[4] “Les responsables du Conseil de l’Europe font une déclaration commune sur l’exclusion de la Fédération de Russie du Conseil de l’Europe”

[5] “À une large majorité, l’Assemblée « déplore dans les termes les plus énergiques » l’agression contre l’Ukraine et exige le retrait immédiat des forces russes”

[6] Notamment “Mesures restrictives de l’UE en réaction à la crise en Ukraine

[7] “Statement on Solidarity: We stand with Ukraine” (ECA)

[8] We stand with Ukraine (updated) – EQAR

[9] Statement agreed by the ENQA Board, Brussels, 8 March 2022

[10]“European support to Ukrainian higher education community” (EUA)

[11] https://scienceforukraine.eu/help.html

[12] “DÉCLARATION CONJOINTE DES 41 ALLIANCES D’UNIVERSITÉS EUROPÉENNES EN SOUTIEN À L’UKRAINE”

[13] Conflit en Ukraine, soutien des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI)

[14] “France Universités suspend son protocole d’accord avec l’Union des recteurs de Russie et alerte sur les besoins des étudiants et chercheurs impactés par le conflit”