Références et orientations - Livre 1

VI.3.2 - Pédagogie de l'alternance

L’apprentissage est un processus d’acquisition inductive des connaissances et des compétences qui repose sur l’alternance. Cette acquisition s’effectue en partie en école d’ingénieur et en partie en entreprise, sous la responsabilité d’un maitre d’apprentissage, lui-même ingénieur ou chef d’entreprise et d’un tuteur école. La formation est dispensée selon une formule pédagogique qui part de l’exploitation du concret pour appréhender les démarches et les méthodes techniques ou théoriques. Le principe de l’alternance est exigeant pour l’apprenti : l’éloignement entre ses deux lieux de formation lui impose souvent d’avoir un double logement, son statut de salarié ne lui autorise pas les vacances scolaires. Il est aussi exigeant pour les responsables en entreprise et en école : le partage des rôles nécessite une synchronisation qui est très contraignante. Une alternance réussie est donc toujours une alternance qui a été bien préparée.

Pour les enseignants qui encadrent des apprentis, l’exigence est tout aussi importante. En effet, l’implication demandée est très supérieure à celle nécessaire dans la formation classique. Tout le dispositif pédagogique traditionnel dans les écoles est orienté et façonné par une pédagogie déductive : on commence par introduire les concepts théoriques et on décline ensuite les applications. 
Inverser le processus d’apprentissage, s’appuyer sur l’expérience, sur l’observation pour en déduire des concepts n’est donc pas naturel pour la plupart des enseignants. L’investissement des enseignants est donc beaucoup plus important, ce qui conduit à des couts individuels de la formation d’un apprenti souvent plus élevés que ceux de la formation d’un étudiant.
Des organisations professionnelles, conscientes de l’importance de cette fonction, organisent des formations pour maitres d’apprentissage. C’est une excellente initiative également suivie par des écoles.
Dans certaines entreprises, il peut être difficile d’acquérir certaines compétences. Il faut alors utiliser l’article R6223-10 du Code du travail qui permet de compléter la formation d’un apprenti dans une autre entreprise que celle qui a signé le contrat initial. L’aide des organisations professionnelles est dans ce cas tout à fait utile.

La CTI s’inquièterait de voir des écoles se tourner vers l’apprentissage principalement afin d’obtenir de nouvelles sources de financement sans qu’elles ne fassent les investissements humains et méthodologiques correspondants : il est avéré que l’apprentissage a un surcout réel que les financements externes ne permettent pas toujours de compenser. 
Le partage des tâches entre l’école et l’entreprise doit être clairement établi, à la fois en termes d’objectifs d’acquisition et de chronologie. Un document définissant les rôles de chacun doit être mis en place en lien avec les compétences décrivant la formation au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Dans ce partage des tâches, il faut utiliser toutes les spécificités et les tous les atouts de chaque partenaire : les parties conceptuelles de la formation sont plutôt du ressort de l’école, en revanche, certaines parties plus opérationnelles ou organisationnelles, telles que le management, la conduite de projets, l’organisation de la production, sont des compétences beaucoup plus faciles à acquérir « en situation » en entreprise; elles doivent donc être évaluées et validées dans ce cadre. 
Les contraintes sur la complémentarité des périodes en entreprise et en école, sur la chronologie de l’appropriation des compétences et sur le partage des tâches conduisent inéluctablement à un parcours de formation différent de celui de la formation initiale sous statut d’étudiant.
De ce fait, une formation en apprentissage ne peut pas se faire par un simple réaménagement de l’emploi du temps d’un parcours de formation classique : ce sont deux processus pédagogiques différents.

Dans l’entreprise, l’apprenti est sous le contrôle et la responsabilité d’un maitre d’apprentissage qui doit être lui-même ingénieur (ou en avoir les responsabilités). Si la taille ou le nombre d’ingénieurs de l’entreprise ne permet pas d’affecter un ingénieur comme maitre d’apprentissage de l’apprenti, ce rôle peut être tenu par le chef d’entreprise.

L’implication forte du maitre d’apprentissage est indispensable pour l’efficacité de la formation : le maitre d’apprentissage doit contribuer de manière active à l’élaboration du partage des tâches entre l’école et l’entreprise. Il doit bien connaitre et rencontrer fréquemment le tuteur pédagogique de l’école et il doit aussi participer à l’évaluation, aux jurys ainsi qu’à l’amélioration continue de la formation délivrée. Son rôle est donc majeur. 

Avec l’appui du centre de formation d’apprentis (CFA), l’école doit piloter les étapes importantes qui jalonnent les 3 années d’alternance et notamment animer les réunions et les échanges avec les maitres d’apprentissages, outiller ces derniers afin qu’ils puissent préparer les futures périodes en entreprise et délivrer les compétences définies.

Lorsqu’une école délivre ses formations sur des sites multiples, elle favorisera les interactions des élèves apprentis avec l’ensemble des promotions et avec l’ensemble des enseignants chercheurs. De ce fait, la CTI attend que la formation des élèves apprentis se déroule en partie dans les locaux principaux de l’école.